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Séance Spéciale - Heilanie’s Scribulerie

Séance Spéciale - Heilanie’s Scribulerie – 14 mars 2025Séance Spéciale - Heilanie’s Scribulerie – 14 mars 2025

Cet atelier est un peu particulier. Dans le cadre de ses études, Heilani a effectué un stage sous la forme d’un atelier d’écriture. Je lui ai donc laissé les clés de la Scribulerie durant une séance qu’elle a elle-même organisée et animée. Je me suis retrouvé simplement participant le temps d’une soirée, et c’était plutôt agréable…

Jeu n°1 —

Sans avoir à tenir compte des dialogues, il faut raconter une histoire inspirée par une planche de bande dessinée. Il s’agit de la page 31 de l’album « Les Nébuleuses » de Camille Pagni & Anaïs Félix, éditions RamDam.

La planche tirée de «Les Nébuleuses»La planche tirée de «Les Nébuleuses»

Les textes :

La jeune femme court pour rejoindre son compagnon en train de l’attendre devant l’entrée du théâtre. Elle se plie en deux devant lui, non pas pour le saluer mais pour lutter contre un point de côté naissant.

— Ne te stresse pas. On n’est pas en retard, lui sourit Jules en lui tendant une main.

Sophie l’accepte et se laisse guider vers l’intérieur du théâtre de Roche.

Ils se frayent en silence un chemin entre deux rangs de fauteuils, à la recherche de leurs places. Dans la salle, quelques autres spectateurs patientent stoïquement, dans un parfait silence.

Arrivée à sa place, Sophie tente de s’asseoir, mais une sensation étrange la surprend. Elle a l’impression d’être devenu trop lourde. En conséquence, elle se laisse littéralement tomber et croit alors s’enfoncer dans le fauteuil. À côté, Jules ne peut s’empêcher de pouffer devant l’apparente maladresse de sa compagne.

Puis, le silence reprend ses droits dans la salle, tandis que le jeune couple se trouve désormais figé, statufié, l’une mal assise, et l’autre étouffant un fou-rire en un geste immobile pour l’éternité.

Vincent


Jeu n°2 —

Cet exercice n’a pas encore de nom. Nous hésitons entre le « logophrases rally » et « le jeu du poisson rouge1 ». Il s’agit d’une déclinaison du logorally, à la différence que ce sont seulement cinq phrases entières, données toutes les trois minutes2.

Les textes :

Un chat blanc dormait sur le toit, indifférent au vacarme de la rue. De temps en temps, il ouvrait à demi un œil lorsqu’un pigeon ou une tourterelle se posait non loin. Mais le fait que la proie putative se trouvait toujours à une trop grande distance, et qu’il n’avait pas plus de motivation, lui faisait rapidement reprendre son occupation ; dormir en réfléchissant au plan ultime pour asservir l’humanité et le soumettre à sa volonté absolue. Lui, le souverain universel dont la gamelle de croquettes serait en permanence pleine. Il n’avait pas beaucoup d’imagination, et ses ébauches de plans tournaient souvent autour des mêmes tropes : miauler devant des portes fermées et faire tomber des trucs posés sur les meubles en hauteur.

L’horloge s’était arrêtée à trois heures dix-sept, comme si le temps refusait d’avancer. Le vieil homme se demandait à nouveau ou diable avait encore pu bien passer son satané chat. Il en avait, de la chance celui-ci, de pouvoir aller où il voulait. Cette sale bête ! Son regard allait de l’horloge arrêtée à la fenêtre ouverte. Encore quelques minutes et l’infirmière viendrait s’occuper de ses soins quotidiens. C’était sa seule distraction de la journée. Cette abominablement interminable journée, figée à trois heure dix-sept. Combien d’éternités ça pouvait faire, ces treize minutes qui ne passaient jamais ?

— Ce n’est pas une épée. C’est une relique sacrée. Et je l’ai trouvée dans une brocante.

Le vieil homme sursauta. Qui vient de parler ? C’est quoi, cette histoire d’épée ? Il tenta de réfréner quelques gouttes incongrues alors que son imagination peuplait sa misérable chambre de voleurs et de tueurs, mais il réalisa que ce n’était que la télévision en train de diffuser un stupide film d’aventures. Il tenta alors de se concentrer sur l’histoire pendant quelques minutes, mais son esprit se mis à nouveau à divaguer, le regard perdu par la fenêtre.

Une note griffonée trainait sur la table : « Ne pas ouvrir la porte après minuit. » Il haussa les épaules quand ses yeux tombèrent sur le papier. Son fils avait laissé cette recommandation après sa dernière visite, il y a… Quand ?… Bref, il l’avait abreuvé de conseils puérils : ne pas répondre aux démarcheurs, ne pas répondre aux SMS de livreurs, ne pas répondre aux mails de princes africains en exil. Et, ne pas ouvrir la porte après minuit. Petit con. Ça partait d’un bon sentiment, il en était conscient. Mais cette infantilisation l’agaçait au plus haut point. Et ce chat ? Où était-il passé ? Et cette infirmière, quand allait-elle enfin arriver ?

— J’ai peut-être vendu mon âme pour un croissant, se dit-il. Mais je ne suis pas sûr d’avoir bien négocié les termes.

Un croissant et l’immortalité. Il n’avait pas envisagé que ça se passerait comme cela, sur le moment. Immortel, mais en continuant de vieillir au sein d’une éternelle journée bloquée à trois heures et dix-sept minutes. Quel enfer.

Tout en ronchonnant, le vieil homme se remit à somnoler tandis qu’un gros matou blanc entrais silencieusement par la fenêtre pour venir se lover sur les genoux de l’immortel.

Vincent


Jeu n°3 —

À l’écoute d’un morceau musical, il faut imaginer une histoire qu’il inspire.

Les textes :

Le temple résonne des chants étranges des priants. La silhouette sombre, encapuchonnée et anormalement grande remonte le transept du temple souterrain, indifférente aux orants se prosternant à son passage. Arrivé devant l’autel, le géant drapé s’immobilise. En face de lui, une jeune femme entonne un solo envoûtant. La silhouette se met à onduler, comme un serpent sous le charme. Derrière lui, la centaine de dévots imite ses mouvements.

La prêtresse observe la forme encapuchonnée qui la domine, sa tête frôlant la voute minérale pourtant à plus d’une dizaine de mètres de haut. Interrompant son chant, elle lève les bras. Les priants se figent dans l’attente.

Le géant met fin à sa danse reptilienne. Puis son lourd vêtement glisse lentement au sol, révélant l’absence de corps en dessous.

La cérémonie est achevée. La présence divine a quitté ce plan de l’existence, laissant en paix ceux qui y vivent.

Vincent



  1. Ce nom vient de la discussion débridée qui a donné naissance au jeu.↩︎

  2. Ce temps a été réduit à deux minutes après tests.↩︎

Avant, après… Séance n°62
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